A l'officier qui lui demandait comment combattre une idée, Messala, le tribun, répondit "par une autre idée" – Lewis Wallace – Ben-Hur

Etat de mal

Crises, blocages et attentisme : un cycle sans fin ?

09/18/2014

Etat de mal : terme médical désignant une situation où des crises en viennent à se succéder sans retour à la normale.

Ygo Mitoraj Hypnos

Ygo Mitoraj Hypnos

Au détour d’élections européennes marquées par l’avancée du Front National, prenons le pouls de « l’homme malade de l’Europe « .

Quel est l’enjeu aujourd’hui ? Faire entrer la France dans le XXIème siècle. Pourquoi n’y parvient-on pas ? Parce que le socle structurel de notre société est incompatible avec les exigences de notre temps.

Quand Astérix…

Ouvrons la réflexion par une digression. Le personnage questionne autant qu’il éclaire. Derrière un naturel avenant, il élude l’effort collectif par le dopage individuel. Sa relative incomplétude trouve une compensation dans l’astuce, ce qui rend sympathique ce beau parleur.

Isolé mais convaincu que les autres se trompent, il interprète sa situation comme le produit d’une intelligence supérieure. Enfin, son défaut de vision stratégique le confine derrière sa palissade. Le monde change sans lui.

Revenons à notre temps. Janvier 2008, Le rapport Attali pointe, après tant d’autres, « Une société de connivence et de privilèges  » Ironique comme à son habitude, Alain Minc invite de longue date à élucider le paradoxe « d’une fiscalité à la suédoise et des inégalités à l’américaine « . Quant à Albert Soboul, historien de la Révolution, il rappelle : « L’inégalité était la règle, le corporatisme accentuait les divisions « . Trois hommes, trois époques, trois analyses, un constat.

…rejoint Sisyphe…

Paradoxaux ces Français ; qui descendent dans la rue à tous propos mais restent de marbre en 40 ans de crises. Les raisons sont aussi nombreuses que complexes. Classons les plus évidentes en trois groupes.

Celles d’ordre économique : La France est un pays riche, très riche. Son économie de rentes peut supporter, du moins pour une part de la population, de fortes inflexions, de longues périodes de croissance faible ou nulle. Plus précisément, les Français confondent crises et mutation, court et long terme. Nous vivons un changement de monde. Les crises, leur diversité, n’en sont que les symptômes. Obnubilés par ceux-ci, les Français éludent la maladie et s’imaginent fondés à la passivité. Les crises ne sont-elles pas transitoires ?

Des raisons d’ordre politique : En France, l’État représente un principe supérieur. Ses administrations, dirigistes, tentaculaires, omniscientes tiennent le pays. De fait, on trouve plus facilement un boulevard pour défiler que des esprits ouverts à l’innovation et la créativité.

Quant à se révolter… Tout soulèvement suppose un projet alternatif, un homme pour l’incarner et une jeunesse pour le réaliser. Or, la disparition des idéologies dans une population, pour moitié de plus de 50 ans, exclue toute émergence de leader. L’option est caduque aux trois niveaux.

Des raisons d’ordre culturel : Les Français vivent habités par des mythes soigneusement entretenus : la grandeur, l’homme providentiel, le génie universel, la vocation messianique… Et possèdent un flair de truffier pour dénicher des boucs émissaires : les technocrates (prévaricateurs) les immigrés (délinquants) les riches (exploiteurs) les pauvres (profiteurs)… Ainsi pénalisé, notre pays décline.

L’adaptation étant rejetée et l’insurrection fermée, il ressasse son mal-être comme Sisyphe poussait son rocher. Pris entre une défiance paralysante et une providence utopique, il s’ingénie à différer réformes et sacrifices.

… se profile l’état de mal

Piégée dans un inextricable réseau de privilèges et de passe-droits, notre société sélectionne, refoule, marginalise, exclue ; sonne le glas du vivre ensemble. Chacun s’accroche à ses acquis tels les naufragés de La Méduse à leur radeau. Nul n’imagine coopérer, persuadé que le fruit de ses efforts serait capté par d’autres, plus influents ou mieux placés dans la société.

Nous ne pouvons continuer avec des structures héritées la Libration. Le monde a changé. Il faut abattre ce modèle qui ruine désormais notre pays pour édifier celui de notre temps pour l’avenir de nos enfants.

Notre alternative s’inscrit entre une refonte totale de notre société ou le repli sur « un pays maison de retraite « . L’indécision et l’attentisme entretiennent une société malade, fuie par sa jeunesse, ouverte aux extrêmes, en crise jusqu’à l’état de mal.

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