A l'officier qui lui demandait comment combattre une idée, Messala, le tribun, répondit "par une autre idée" – Lewis Wallace – Ben-Hur

La France perverse

Une société évaluée à l’aune de sa sévérité

09/30/2014

Inversion normative, intérêts convergents

Un bon enseignement est celui où l’on échoue beaucoup, une bonne justice est celle qui condamne le plus durement. Ces sujets épidermiques portent sur des certitudes structurantes, dans une société fragilisée. A titre d’exemple,

Ygo Mitoraj Hypnos

Ygo Mitoraj Hypnos

toucher aujourd’hui aux interdits qui prolifèrent, équivaudrait à retirer un à un les étais d’une galerie pour voir la panique gagner la foule.

Depuis le début des années 2000, le rabot des interdits et le marteau judiciaire s’emploient à mettre la société au carré. Le résultat demeure incertain sans pour autant instiller le doute.La nouveauté ne porte pas sur la légitimité de l’interdit mais l’inversion de son origine. Elle tient moins à l’initiative du législateur qu’aux lobbies qui activent des relais politiques. La normalisation de la société s’effectue désormais,pour partie, du bas vers le haut.

Le phénomène procède d’une convergence d’intérêts, sociaux, politiques et mercantiles. A nouveau le vieillissement de la population joue un rôle central. En parallèle, le flot médiatique, son caractère immédiat et dramatisé, sa proximité lui confère un effet anxiogène élevé. Il fait écho aux injonctions d’autonomie et de responsabilités individuelles qui pèsent sur chacun. En résulte une angoisse diffuse sur notre devenir qui recentre les attentes sur une fermeté bienvenue.

Face à ces attitudes, les responsables politiques, se révèlent des plus perméables. Déconsidérés dans leurs propos comme dans leurs actes, ils se réhabilitent au service des ligues et lobbies. Entreprises et associations ne s’y trompent pas qui fusionnent leurs intérêts financiers ou d’influence avec celui, électoral, des gouvernants.

Un atavisme culturel

Tout commence à l’école. Malgré des résultats très insatisfaisants aucune pédagogie moderne et innovante ne se met en place. Les travaux sur le système scolaire décrivent un élève français passif, inhibé, vivant dans la crainte de la faute, hanté par la mauvaise note. Elitiste et sélectif, notre enseignement déstabilise et trie, plus qu’il ne donne confiance en soi.

Les domaines judiciaires et policiers agissent de même. Plus de 900 000 gardes à vue/an révèlent une société perverse. Maître Dupont Moretti la résume en trois observations. « A chaque déplacement en Europe, on me parle de la violence du droit français« . « On ne peut pas à la fois pleurer sur les gens d’Outreau et ajouter chaque jour de nouvelles pages au code pénal » « La France est le pays le plus condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme après la Turquie « .

Au niveau policier, nombre de fichiers récents relèvent d’initiatives de terrain. On « bricole » en coulisse puis, on invite le ministre à légiférer afin de légaliser les initiatives des services.

Même méthode, en robotique de surveillance, biométrie, identification… Les ingénieurs inventent puis, à la recherche de clients, demandent l’ouverture, par la loi, d’un marché intérieur qui servira d’exemple à l’exportation. « C’est du patriotisme économique » selon certains députés Ce sont surtout nos libertés qui disparaissent. Et les industriels du secteur de proposer de ficher les enfants dès l’école maternelle pour leur « faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle« .

Sécurité routière : le paroxysme

L’accident, a disparu, place à la délinquance routière. Malgré la baisse continue des accidents, l’automobiliste n’a jamais été aussi diabolisé. Nous devenons des délinquants doublés de sales pollueurs. Criminaliser l’automobile n’a rien de fortuit. Cela permet de légitimer la « radarisation » d’une population aussi captive qu’atomisée. A nouveau, tout est parti d’inventions d’ingénieurs en mal de débouchés.

Trois points en signent la perversité. Premièrement nombre de limites de vitesse, aberrantes en niveau et (ou) emplacement, n’ont d’autre vocation que pousser à la faute. Ensuite le paiement conservatoire, comme la quasi impossibilité de recours privent l’automobiliste des fondements élémentaires du droit. Enfin, l’abaissement continu des limites de vitesses, les radars mobiles et les techniques de dissimulation, révèlent une stratégie industrielle et de taxation croissante.

Il faut se rendre compte de cette logique. Meilleur est le résultat, plus dure est la sanction. Il faut chaque fois frapper plus fort pour un résultat plus faible. En réalité, l’essentiel, des gains en accidentologie est lié à l’aménagement du réseau routier et aux progrès en technologies automobiles.Ces éléments restent soignesement tus, au motif qu’il réhabiliteraient l’auttomobiliste

Dans une société saine, contrer l’échec, la faute ou l’accident devrait procéder de stratégies de bon sens, plutôt que de logiques perverses. Jouer de l’humiliation ou de pénalités socio-économiques disproportionnées relève d’un populisme électoraliste, porteur de violence dans les jugements comme les comportements.

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